Béatrice Delvaux ne croit plus en la Belgique - 27 avril 2009

Béatrice Delvaux, la trépidante rédactrice en chef du quotidien bruxellois Le Soir, ne croit plus en la Belgique.

Son éditorial du 25 avril témoigne de son total désarroi face à l'évolution de la Belgique, qui se comporte de plus en plus comme une S.A. (société anonyme).

Le pays fait désormais songer à la formule du grand poète surréaliste belge Paul Nougé (édité chez Didier Devillez) : « Tournez à gauche Tournez à droite Mais l’on n’arrive jamais »

L'édito de Béatrice Delvaux : Le projet belge ? Il ne vaut même plus une signature

La Belgique change décidément si peu. A plus de 20 ans d’écart, en qui concerne la Générale de Belgique, et un peu plus de 10 ans, pour ce qui touche à la BBL, Petrofina, ou la Royale belge, l’esprit national souffle toujours aussi faiblement.

Le scénario est, à peu de chose près, toujours le même : une grande entreprise belge est en difficulté ou esseulée, un actionnaire étranger, français assez souvent, est appelé à la rescousse, un petit groupe d’irréductibles tente l’impossible, remue ciel et terre pour empêcher le passage sous contrôle étranger mais rien n’y fait : la vente est scellée. D’ancrage belge, il n’est point question ; de défense d’intérêts nationaux, pas davantage. Et on dira que, dans tous les cas cités, Albert Frère, aujourd’hui comme jadis, recommande la vente aux étrangers…

On écrira à nouveau que c’est un centre de décision qui passe sous contrôle étranger, on le déplorera, l’acheteur nous promettra la préservation de centres stratégiques et jurera sur le chapeau de Marianne que l’intérêt de la République ne passera pas avant celui de sa nouvelle source de rentabilité. L’Etat belge lui, assurera qu’il occupe une place centrale dans le dispositif par quelque artifice capitalistique qui tiendra le temps que les finances publiques le permettent. C’est-à-dire un temps très court.

Mais à quoi donc attribuer cette fatalité qui ne frappe avec une telle régularité que nous ? Il suffit de regarder à quel point, même au milieu de cette crise sans précédent, Néerlandais, Français, Allemands se sont battus pour conserver et préserver leurs champions nationaux. Pourquoi pas nous, cette fois, encore avec Fortis ? La précarité et la dangerosité financières de l’instant n’expliquent pas tout.

La faute revient aussi à l’inexistence du réflexe belge, à la faiblesse de l’Etat belge et à son impécuniosité, à l’incapacité à fédérer flamands et francophones autour d’un projet national – aujourd’hui davantage encore qu’il y a 20 ans – ainsi qu’à la frilosité ou à l’absence de tout réflexe national des actionnaires privés, dispersés. Comment expliquer autrement que, plutôt que l’union sacrée qui s’est concrétisée pour KBC en ces temps chahutés (note : la Flandre est une nation en devenir), ce soit le désert belge qui ait prévalu autour de Fortis ?

Voici donc une nouvelle preuve autrement formulée de l’absence d’un projet commun pour la nation « Belgique » ou à tout le moins de l’incapacité de ceux qui y tiennent, à lui assurer une réalité.

C’est même cette fois carrément pathétique : les tenants du « stand alone » pour Fortis n’ont même pas réussi à rassembler des… signatures au bas d’une carte blanche ! Aucune pointure belge à mettre au bas d’un parchemin : tout est dit, non ?

Commentaire du R.W.F. : merci de cet accès de lucidité, Madame Delvaux.


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