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Regard sur l’actualité de Paul-Henry Gendebien - 7 octobre 2008
Le démembrement financier de l'Etat belge précède sa faillite politique
Les illusions de la « mondialisation heureuse » sont en train de montrer leurs limites au travers de la crise financière qui s'étend de proche en proche, et qui frappe plus lourdement certains Etats, et en particulier le très fragile Etat belge.
La balle financière internationale, partiellement déconnectée de ce qu'on appelle l'économie réelle, connaît ses premières implosions en cascade dont on peut tirer quelques leçons. Celles-ci peuvent déjà se décliner en six constats essentiels :
1. Faiblesse, voire inexistence, des instruments de régulation monétaires et financiers, au niveau de la communauté internationale.
2. Inertie des autorités européennes, largement dépourvues de la volonté et des moyens d'intervenir, ne fût-ce qu'au niveau de la zone euro.
3. Impéritie de certains dirigeants de nos groupes bancaires, avec le cas flagrant du bancassureur Fortis, lors de l'acquisition ratée d'ABN-AMRO, qui ne disposait pas des liquidités nécessaires pour la payer.
4. Défaite grave idéologique et politique de la social-démocratie européenne, et belge tout particulièrement, qui paie aujourd'hui les privatisations inconsidérées (Crédit Communal, Caisse Générale d'Epargne et de Retraite) auxquelles elle a consenti dans les années 1990, notamment lorsqu'un certain Elio Di Rupo était vice-Premier ministre fédéral.
5. Aveuglement prolongé des autorités belges et surtout sursaut tardif, trop tardif de celles-ci, incapables d'endiguer à temps les énormes difficultés de Fortis et de Dexia ; abaissement supplémentaire de la crédibilité belge déjà abîmée par 500 jours de non-gouvernement et de doute existentiel.
6. Retour en force, parallèlement à l'anémie de l'Europe, des politiques nationales dans les opérations de sauvetage et de démembrement des groupes bancaires belges ; c'est ainsi qu'on a vu les Pays-Bas et la France reprendre habilement leurs billes au détriment d'une Belgique à bout de souffle, autant dans le dossier Fortis que dans celui de Dexia.
Le R.W.F. n'a cessé de mettre le doigt sur les dangers de l'ultra libéralisation de l'économie et du commerce telle qu'elle a été voulue et imposée depuis une vingtaine d'années par l'Europe, sous l'impulsion idéologique et complice de la droite classique européiste et de la gauche social-démocrate tout aussi européiste et mondialisatrice (on songe notamment à MM. Delors et Van Miert).
Il ne faut pas se lasser de le répéter : l'Europe a eu le tort de vouloir se construire en abaissant les Etats mais sans créer l'autorité publique collective de substitution. Le résultat, c'est qu'aujourd'hui l'Etat apparaît comme le recours contre le désordre international. Quand nous disons recours, nous pensons à la nécessaire autorité régulatrice et garante de l'intérêt général. Bien entendu, quand nous parlons de l'Etat nécessaire, nous ne pensons nullement à l'Etat belge, à ce qui en reste, d'autant plus qu'il y a une contradiction entre l'idée d'un Etat belge et le principe d'autorité publique...
La Belgique, avec des dirigeants bancaires excessivement ambitieux mais aux reins trop peu solides, a démontré (mais cela dure depuis 20 ans !) des capacités gestionnaires déficientes. Quant au gouvernement, il s'est mobilisé trop tard, donnant le sentiment d'être aux abois, avec trop peu de moyens et trop peu de crédibilité. A cet égard, une des leçons primordiales des récents événements, c'est que les gouvernements de La Haye et de Paris semblent désormais se poser la question de cette crédibilité et même de la viabilité, à terme, de l'Etat belge. Les Pays-Bas ont prudemment décidé de quitter un navire belge qui commence sérieusement à prendre l'eau.
Et la France (l’Etat et le secteur financier) a estimé qu'un pas significatif supplémentaire pouvait être accompli dans la prise de contrôle de ce que Le Soir appelait comiquement « les derniers bijoux de famille belges ».
Après la vente récente aux allemands de la S.N. Brussels (qui était la continuation de la Sabena), l'Etat belge maîtrise de moins en moins le cours des événements et avance résolument vers son propre abaissement, indice de sa future faillite politique que suivra inévitablement son démembrement final.
La sotte idéologie post-nationale et ultra européiste des élites belgicistes leur revient en pleine figure, comme un cruel et fatal boomerang.
Il en va de même de leur francophobie maladive, qu'elles ont été contraintes de ravaler en sollicitant l'intervention de Paris dans le sauvetage de Fortis et de Dexia.
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